29 avril 2013

Et ce nénuphar alors?

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Petit aperçu de ma chambre d'hôpital à Lyon. # 1O jours maintenant que je suis de retour dans mon home sweet home #.

Ma chambre d'hosto, décorée à coups de fleurs et de fanions par mon amoureux, n'était pas triste du tout. On y écoutait Jazz Radio du matin au soir et on y dormait beaucoup. Pas de tricot, car les aiguilles s'emmelaient dans les cathéters, mais de bons livres. Ma chambre, rebaptisée la "chambre du bonheur" dans le service où j'étais une des plus jeunes pensionnaires et une des plus grosses opérées (pas en poids hein!). On a la gloire qu'on peut... Je ne vous cache pas que cette chambre a quand même aussi été celle des peurs, des pleurs et de la douleur. Mais pas que. Et puis c'est déjà (presque) oublié.

L'opération s'est passée à merveille (5h tout de même!). Je suis même toujours une potentielle future maman, même si mon giron est aujourd'hui plus proche du studio que de l'hôtel particulier. je m'en sors avec une faussette sous le nombril, la signature de l'oeuvre du chirurgien. Je saurai dans un mois si je suis sortie d'affaire où s'il faut faire machine arrière et repartir pour de l'artillerie encore plus lourde.

 Avec les cicatrices qui tirent, les piqures tous les jours et cette attente, c'est un peu tôt pour faire un bilan de cette "aventure". Mais j'ai constaté 2, 3 choses avec ce cancer (je me refuse à dire mon cancer: je ne considère pas cette maladie comme faisant partie de moi du tout, beurk!).

D'abord, ça m'a fait penser des trucs vraiment bizarres et souvent paradoxaux:

★ je me suis dit que finalement -chouette- ça me rendait spéciale et qu'on allait s'occuper de moi pour une fois (faut être barrée non?),

★ je me suis dit que -chouette- ça allait me vacciner contre les raleurs que je ne supportais plus autour de moi et que ça allait me faire des vacances,

★ j'y ai cru sans y croire au début, puis j'ai bien du y croire, aujourd'hui encore quand je pense à la taille de ce qu'on m'a enlevé, j'ai du mal à y croire,

★ je me suis dit que -chouette- je serai arrêtée et que ça me ferait des vacances en plus d'économisées pour partir plus longtemps l'année prochaine (je devrais consulter je pense...),

★ puisque j'avais le moral et que je le prenais aussi bien qu'on peut le prendre, j'avais du mal à supporter qu'on s'inquiète plus que moi ou qu'on me plaigne, mais en même temps si on me plaignait pas un peu ça m'agaçait (j'avais quand même un cancer bordel!)

★ j'avais envie de demander des "tarifs réduits cancéreux" partout où j'allais (parce que je le valais bien. Non mais!)

★ je me suis dit que quand même j'avais vachement de CHANCE  de pouvoir subir cette opération, lourde mais conservatrice (!?!), mais aussi d'être en 2013, en France, d'être capable de comprendre tout ce qu'on m'expliquait pour prendre la bonne décision,

★ j'aurai pu embrasser mon chirurgien sur la bouche (mais je n'ai fait que lui prendre la main en salle de réveil...)

Et puis ça m'a aussi ouvert des portes et fait découvrir certaines choses, confirmer d'autres:

★ je mesuis dit qu'on sait pas vraiment à quel point on tient à toi avant d'être malade,

★ je me suis dit que je m'étais rarement sentie aussi forte, heureuse et pleine d'énergie nouvelle (ça c'était après la première intervention qui m' a enlevée la tumeur. un lien de cause à effet? va savoir... ou peut-être l'effet de toutes les bonnes ondes envoyées par mes proches et mes lointains...)

★ avoir des enfants c'est être un peu immortel, et puis tant qu'eux vont bien, le reste...

★ j'ai toujours eu du mal avec les gens qui pleurent sur leur sort, qui se plaignent: maintenant ce sera pire (ne vous méprenez pas je râle comme tout le monde, mais je ne chouine pas)...

★ maintenant, je serai heureuse de fêter chaque anniversaire que la vie voudra bien m'offrir, je serai contente de vieillir (en tout cas, j'aurai moins les boules à chaque nouvelle ride...)

★être malade me donne une occasion rare et à ne pas rater de faire un grand ménage intérieur

★ être malade m'a autorisé à dire beaucoup (un petit côté "plus rien à perdre") et ça fait beaucoup de bien, j'aurai du mal maintenant à ne pas dire ce que je pense et avoir des secrets,

★ être malade rend nombriliste, c'est incontestable, mais c'est l'occasion où jamais et ça n'est pas irréversible, j'espère.

★ mon choix d'amoureux de classe A se confirme une nouvelle fois. Il a révélé de nouveaux talents: patience (?!!), confiance, calme (?!), efficacité médicale (mon jardinier me fait mes piqures si, si). Un mauvais point cependant en ne partageant pas mes plateaux repas à l'hôpital et en mangeant de la viande des grisons sous mon nez...

★ ma chambre étant située au dessus du parvis de cet hôpital ayant un gros service pédiatrie, j'ai enfin eu une révélation. La réponse a une question souvent posée. Je sais enfin "à quoi servent les pigeons de ville", ces animaux qui ne sont ni plus ni moins que des rats volants pour moi -yeuk!-. Leur rôle sur cette terre est d'amuser les enfants qui courent après eux. C'est tout. un pigeon + un enfant = des courses et des rires. C'est automatique je l'ai vérifié 200 fois cette semaine là. ça me suffira pour les tolérer à défaut de les aimer -yeuk!.

★ une autre vraie révélation: VIVRE, vraiment, un jour après l'autre, ne pas anticiper les problèmes, ça aide.

 

Posté par Ecoquillette à 00:48 - Commentaires [6] - Permalien [#]
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Commentaires sur Et ce nénuphar alors?

    J'attendais. J'attendais de savoir avant de venir de nouveau poser des mots ici. Parce que je te suis toujours hein, même si je le fais en sous-marin la plupart du temps. Quel bonheur de te lire, vraiment. Ton optimisme, ta joie de vivre, ta confiance. Tout ça me déstabilise, car je ne pense pas avoir ta force. Mais bon sang que ça fait du bien, de te savoir ainsi, prête à repartir, prête à rebondir. C'est fou quand on y pense, non ? On ne se connaît même pas ... Mais voilà, je me permets de te le dire, parce que c'est bien de dire les choses. Je suis heureuse pour toi, pour vous. Continue ...

    Posté par malise, 30 avril 2013 à 10:14 | | Répondre
  • Moi aussi je sous-marine un max tu sais! Tes mots me touchent car rien ne me fait plus plaisir que quand on me dit que j'ai de la force. Et pourtant, je ne sais pas si j'en ai tant que ça. En fait, j'ai plutôt l'impression que l'optimisme est ma seule option, surtout avec 2 petits bouts. Et comme disait Vian (encore lui!), l'humour est la politesse du désespoir non?
    Merci en tout cas, je te bise.

    Posté par Ecoquillette, 03 mai 2013 à 15:09 | | Répondre
  • Moi je sous marine pas, en général, quand je ne commente pas c'est que je suis noyée sous, euh, plein de choses....
    Mais je suis si contente de te lire, comme ça. Tu as l'air tout calme et apaisée. On ne s'est jamais vu en vrai, mais définitivement, va falloir !!!!

    Posté par Mamanlit, 03 mai 2013 à 16:31 | | Répondre
  • oui et on aura même de quoi fêter: tu vas le savoir en exclu ce soir mes derniers résultats sont bons! je l'ai su aujourd'hui: je suis officiellement cancer free! Youhou!!

    Posté par Ecoquillette, 06 mai 2013 à 21:24 | | Répondre
  • Je reviens, suite à ta réponse au commentaire de Mamanlit. Je suis très heureuse pour toi, très!!!!!!!! Bye bye nénuphar, bonjour la vie!

    Posté par malise, 07 mai 2013 à 11:52 | | Répondre
  • Eh oui! il faut y croire! Toujours!
    Maintenant je n'ai plus qu'à me reposer et PROFITER!

    Posté par Ecoquillette, 08 mai 2013 à 18:59 | | Répondre
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